Patrick Balkany "diplomate" de Nicolas Sarkozy en Afrique : un choix délirant

Publié le par BALKALAND.FR

Patrick Balkany "diplomate" de Nicolas Sarkozy en Afrique : un choix délirant

 

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LE PLUS. Durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, le député-maire de Levallois a bénéficié d’un passeport diplomatique. Cette révélation du "Nouvel Observateur" n’a pas fini d’étonner et de choquer notre chroniqueur Thierry de Cabarrus. Explications.

Édité par Louise Pothier 

 

 

Je n’arrive pas à m’en remettre tellement l’information est loufoque, incroyable et pourtant vraie : Patrick Balkany la grande gueule, l’ami encombrant de l’ancien président réputé pour son affairisme, ses colères spectaculaires et son absence totale de discrétion a disposé d’un… passeport diplomatique délivré à la demande expresse du successeur de Jacques Chirac, dès 2007 par Bernard Kouchner, son ministre des Affaires étrangères.

 

C’est ce qu’on apprend en lisant les bonnes feuilles du livre choc de Julien Martin, "Les Balkany", que publie ces jours-ci le site du "Nouvel Observateur".

 

Le député-maire de Levallois qui brigue dans trois semaines un cinquième mandat, se serait pris de passion pour l’Afrique au point de jouer les émissaires plus ou moins officiels de Nicolas Sarkozy.

 

La Françafrique a continué sous Sarkozy

 

Ainsi, non seulement Nicolas Sarkozy n’a pas mis fin (comme il l’avait promis en 2006) aux relations douteuses et aux mécanismes secrets, politiques, économiques et militaires qui liaient la France à ses anciennes colonies, la fameuse Françafrique de son prédécesseur Jacques Chirac, mais il l’a au contraire renforcée, voire officialisée durant son quinquennat, avec une arrogance et un paternalisme particulièrement assumés.

 

Les spécialistes de l’Afrique ne manqueront pas d’ailleurs de rapprocher cette légèreté qui consiste à donner la valise diplomatique et l’immunité qui va avec à un personnage aussi sulfureux que Patrick Balkany avec le discours lamentable de Dakar sur "l’homme africain" qui ne serait pas "entré dans l’Histoire".

 

Voilà qui en dit long, en effet, sur le cynisme et la méconnaissance de l’Afrique de la part de l’ancien président qui, aux dires de ses amis et de ses ennemis, prétend briguer pour la troisième fois la présidence de la République en 2017.

 

Il a joué les "entremetteurs" pour Areva

 

C’est en tant que simple membre de la Commission des Affaires étrangères (parmi 67 autres députés) qu’il a pourtant bénéficié de l’avantage exorbitant, réservé en principe à son seul président, d’un passeport diplomatique jusqu’en septembre 2012, quand le nouveau chef du Quai d’Orsay, le ministre socialiste Laurent Fabius, lui a signifié qu’il ne serait pas renouvelé.

 

Ce sésame lui a permis d’accompagner Nicolas Sarkozy en Libye puis au Gabon en juillet 2007 avant, nous explique sur son site l’association "Survie", de partir seul dans une tournée africaine, du Congo-Brazzaville à la République centrafricaine par la RDC (République démocratique du Congo) "pour jouer les entremetteurs pour Areva".

 

Et le site de préciser qu’en 2008, Patrick Balkany aurait tenu un rôle occulte pour le compte de la France, "participé à la légalisation du putsch d’Abdel Aziz en Mauritanie" et soutenu "le chef de la junte militaire de Guinée Moussa Dadis Camara" à la présidentielle avant que ce dernier ne commette, un mois plus tard, un massacre en réprimant dans le sang une manifestation pacifiste.

 

Immunité et valise diplomatiques

 

Patrick Balkany n’aurait sans doute pas eu besoin d’une immunité diplomatique, cet avantage qui permet d’échapper à toutes poursuites même en cas de comportement répréhensible en territoire étranger, s’il s’était contenté de suivre son ami Nicolas Sarkozy.

 

En revanche, on peut imaginer que son passeport spécial et la valise diplomatique qui va avec et qui permet de transporter, sans aucun contrôle, du courrier ou des objets personnels, en vertu de la Convention de Vienne, a pu lui être fort utile lors des missions qu’il a effectuées ensuite en solitaire.

Car si Patrick Balkany, « une fois n’est pas coutume, préfère ne pas s’étendre » sur le sujet, nous explique Julien Martin dans son livre,  c’est bien en  tant qu’intermédiaire entre de grandes entreprises françaises désireuses de s’implanter en Afrique malgré la concurrence (chinoise, allemande, américaine) et les dirigeants souvent autoproclamés de ces pays que « l’ami de Nicolas » a sillonné ce continent.

 

Chacun appréciera et tirera les conclusions qu’ils souhaitent sur le contenu de cette valise diplomatique. Mais mon propos est ailleurs, et consiste à montrer comment la fonction d’ambassadeur de Nicolas Sarkozy était aussi adaptée à Patrick Balkany qu’un couteau à une poule ou un chapeau à un chien.

 

Trop voyant pour être bon diplomate

 

Car les "qualités" du député-maire de Levallois-Perret sont a priori aux antipodes de celles qui sont indispensables à tout émissaire d’un gouvernement digne de ce nom, je veux dire la discrétion et la diplomatie.

 

Or, Patrick Balkany, est particulièrement voyant, et pas seulement par le formidable train de vie qu’il mène avec son épouse Isabelle. Et qui, nous raconte Julien Martin, a conduit le couple à dépenser "plus de 10 millions de francs" entre 1990 et 1994 rien qu’en décoration. Pas seulement non plus  pour les vacances somptuaires à Marrakech ou aux Antilles, les comptes en Suisse ni même le scandale desagents municipaux transformés en employés de maison.

 

L’ami bling bling de Nicolas Sarkozy, est aussi particulièrement voyant en raison de son comportement à la fois vulgaire et colérique qui sied particulièrement mal aux contraintes de la diplomatie.

 

"Viens là, viens là, petit pédé !"

 

Ainsi, nous révèle le livre de Julien Martin, le 10 juin 1995, à la veille des municipales, le maire de Levallois n’apprécie pas, mais alors pas du tout, la petite délégation du collectif "Souriez, vous êtes filmés" (contre les caméras vidéos dans la ville) qui vient le narguer devant sa permanence. La situation dégénère, une bagarre éclate et Balkany lance à l’adresse d’un manifestant :

 

"Viens là, viens là, petit pédé ! Viens me le dire, pédé, enculé !"

 

Isabelle Balkany s’efforce alors de le stopper tandis que la scène est filmée (à 2'50 sur la vidéo).

 



 

Là, on se dit que le maire de Levallois fait beaucoup plus fort que Nicolas Sarkozy qui, quelques années plus tard, en 2008, lors d’une visite mémorable au Salon de l’agriculture, se contentera de dire "Casse-toi pov' con !" à un de ses contradicteurs.

 

Et l’on ne s’étonne pas, dès lors, qu’une telle grossièreté dans les propos n’ait pas été un obstacle pour celui qui, devenu président de la République, fera remettre un passeport diplomatique à Patrick Balkany par son ministre Kouchner.

 

"Cassez-vous ! Tirez-vous ! Je garde la caméra !"

 

Sans doute la proximité des élections municipales nuit-elle gravement à la santé (mentale ?) du maire de Levallois qui, tout récemment encore, s’en est pris de manière violente et spectaculaire à une équipe de BFMTV.

 

C’était le 26 janvier dernier, devant la permanence du maire candidat à un nouveau mandat. Le journaliste a osé le filmer tout en l’interrogeant sur les nouveaux ennuis judiciaires du couple Balkany, les présumés comptes à l’étranger et les soupçons de détournement de fonds publics.

 

Soudain, Patrick Balkany n’a pas supporté toute cette pression, et considéré les questions comme autant de provocations :

 

""Cassez-vous ! Tirez-vous ! Je garde la caméra !", a-t-il lancé avant de s’enfermer dans son bureau et de rendre la caméra après l’intervention, une fois de plus, de son épouse Isabelle.

 

Toute la scène, enregistrée puis diffusée en boucle sur la chaîne d’info continue mais également sur internet, en dit long sur les qualités de diplomate du maire de Levallois.

 

C’est sans doute d’ailleurs cet ultime dérapage qui l’a conduit  à résister, une fois n’est pas coutume, au désir de se mettre colère quand il s’est fait piéger tout récemment par "Action discrète".

 

Pourtant, on ne change pas ainsi du jour au lendemain de tempérament. C’est donc bien ce même personnage arrogant, sans complexes, bling bling, colérique et grossier, que Nicolas Sarkozy a choisi pour le représenter en Afrique, à côté de ses émissaires plus officiels, au moins jusqu’en 2010. Quand je vous dis que c’est incroyable.

 

 WWW.BALKALAND.FR

Sur le web: Levallois: le système Balkany de plus en plus contesté

 

 

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1153646-patrick-balkany-diplomate-de-nicolas-sarkozy-en-afrique-un-choix-delirant.html

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