LEVALLOIS : VILLE "GROOM SERVICES"

Publié le par balkaland

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mercredi 6 février 2008, par Amaury Boucheteil

C’est une petite commune des Hauts de Seine enclavée entre Neuilly, le 17ème arrondissement de Paris et Clichy. Une commune où rien ne se passe comme ailleurs. Une commune où le Maire règne en maître sur ses sujets. Levallois Perret, c’est le Far West.

Il est fan de Jean Gabin à qui il a consacré une rue. Il n’empêche, le Parrain est peut-être ce qui lui sied le mieux, surtout lorsqu’il serre contre sa mâchoire un énorme cigare sur fond de costume rayé. Patrick Balkany est décidément un personnage bien singulier et étrange. Celui qui gère la ville depuis 1983 (avec une interruption entre 1995 et 2001) n’a rien de l’homme politique énarque au langage balisé. Lui a la gouaille d’un personnage des "Tontons flingueurs" et l’attitude de "Lucky Luciano". Bref, il sort des sentiers battus.

La prise de Levallois à coups de barres de fer !

Son histoire avec Levallois est un roman fait d’amour répulsif. Elu contre les communistes en 1983 à une époque où les élections pouvaient se gagner à coup de batailles rangées, Balkany a profondément transformé sa ville pendant ses deux premiers mandats (1983 et 1989). Ainsi, d’une banlieue ouvrière et pauvre, Levallois-Perret s’est hissée au rang de commune prisée. Pour cela, les grands moyens ont été de sortie et le bétonnage a prospéré. Rien n’était trop beau pour la commune et ses habitants et, au prix d’une politique financière ultra risquée, la ville est sortie de l’abîme. Cette transformation rapide, c’est son fond de commerce, sa gloriole traînante.

Un opportuniste activiste

Le hic, c’est que cette commune s’est aussi développée, naturellement, grâce à sa proximité immédiate avec la chic Neuilly et le non moins select 17ème arrondissement de Paris. Alors Balkany a-t-il tout simplement été là au bon moment ? S’il a clairement profité de l’élan comme Issy-les-Moulineaux ou Boulogne-Billancourt, il a aussi façonné la ville à sa manière : municipalisation à tout crin (parkings, permis de construire déposés par et pour la mairie, promoteur immobilier), sécurité à outrance (les caméras de vidéo surveillance ont démarré à Levallois, police municipale armée), constructions standardisées haut de gamme…

Mairie "groom service"

Et ça marche ! Les Levalloisiens plébiscitent encore et encore leur Maire. Ils leur renouvellent leur confiance en 1989 à une très large majorité. Les habitants sont comblés par cette mairie « groom service » à l’écoute du moindre petit tracas. L’idylle est d’ailleurs trop belle. En ce milieu des années 1990, le temps vire à l’orage pour le couple infernal Isabelle et Patrick Balkany. En 1995, Balkany le député-maire choisit de soutenir Balladur à la présidentielle (comme son grand copain et voisin Sarko). Manque de chance, Chirac est élu à la surprise générale et ce dernier se lance dans une purge que le PC ne renierait pas. La chasse aux Balladuriens est lancée. Tout doit disparaitre. Manque de chance accentué pour Patrick et Isabelle par le fait que les élections municipales se tiennent peu après la présidentielle. Chirac veut punir et vite. Balkany le sulfureux est en première ligne, lui le Pasquaien de la première heure, symbole de la guerre fratricide au sein du RPR. Si Sarkozy est quasi intouchable à Neuilly, Patrick commence à traîner des casseroles sur Levallois. Du coup, les affaires sortent du côté de Levallois, Balkany tremble pour sa mairie et il y a de quoi car la Chiraquie lui dépêche un adversaire : Olivier de Chazeau. Les Levalloisiens excédés par la piètre image de la ville que donne l’édile renvoient Balkany de la commune.

Sexe, mensonges et trahison

C’est le début de la traversée du désert pour Patrick et Isabelle Balkany. Lâché par le RPR et en proie à des difficultés judiciaires, Balkany tombe plus bas que terre. Son système est découvert : les employés de Mairie qui travaillaient à son domicile, divers pots de vins, une sombre histoire de fellation sous la menace d’un revolver 367 Magnum (la plainte sera mystérieusement retirée…), un déficit abyssal, un bétonnage hallucinant… Tout y passe y compris une instance de divorce avec sa femme, première adjointe et Sherpa de la mairie. Condamné puis déclaré inéligible, Balkany devient directeur de radio à Saint Barthelemy ! La politique, c’est fini pour lui. Du moins le croit-on.

L’incroyable retour !

Pourtant, dans le courant de l’année 2000, son téléphone sonne et on lui dit qu’à Levallois les choses ne vont pas si bien que celà… Le Maire n’est pas proche de sa population et s’est aliéné les personnes âgées en leur supprimant les cadeaux de 14 juillet. Bref, le Maire veut résorber les déficits mais ne pense pas à ses habitants. C’est un comptable qui incarne la ville et pas un maire. Patrick pointe alors son nez sur le marché et, lui qui s’attendait à y être conspué, se fait acclamer. Incroyable doit-il se dire ! C’est un peu comme un voleur qui se serait enfui par la fenêtre et qui reviendrait vous voir par la porte en vous disant qu’il a oublié quelque chose.

Mais Patrick, il ne faut pas lui dire deux fois. Il y a des municipales en 2001 et il compose une équipe de bric et de broc pour reprendre à la hussarde la mairie de Levallois. Succès total puisqu’il bat le maire sortant sans trop de soucis. Patrick est de retour. Sauf que… Sauf que Balkany était inéligible. Il faut donc tout recommencer en 2002 mais il est à la Mairie cette fois et contrôle tout. Lors d’une municipale partielle ou à peine plus de la moitié des habitants a voté, il balaye ses adversaires dont la liste d’Olivier de Précigou et d’Arnaud de Courson.

Le Monaco du 92 !

Le revoilà à la Mairie et on va voir ce qu’on va voir. Le Balkany nouvelle formule est ambitieux et si on ne peut pas agrandir la ville, alors on lui fera prendre de la hauteur : des tours de 42 étages ( !) sont prévues en front de Seine, de même qu’un nouveau centre commercial avec boutiques de luxe, une nouvelle piscine et bientôt les JO à Levallois (et pourquoi pas ?). Balkany voit grand et haut pour sa commune.

Mais du rêve à la réalité, il y a un pas et de tout cela les Levalloisiens ne voient pas la couleur : les permis de construire sont suspendus, la ville est exsangue, et les constructions immobilières s’élèvent de plus en plus. En réalité, en six ans de mandat, seuls une école et le conservatoire seront réalisés (56 millions d’euros). Mieux, Balkany verrouille tout et notamment l’attribution des logements sociaux, ce qui permet à Henri Leconte (oui, oui, le tennisman) d’y être logé. Il se permet même le luxe de faire sauter sa dette personnelle vis-à-vis de la ville (300 000 euros tout de même). Il entretient un service communication pléthorique (40 personnes !). De toute façon, personne ne sait combien de personnes travaillent directement ou indirectement pour la ville. Et que dire de l’endettement puisque Levallois est devenue, en janvier, la ville la plus endettée de France (4 400 euros par habitants). Et encore, l’affaire Front de Seine (les deux tours de 42 étages) pourrait bientôt précipiter la ville dans le gouffre du fait d’un changement intempestif de promoteur.

Patrick sait y faire…

Mais Patrick a trouvé le filon, des cadeaux pour tous : les mémés, les bambins, les poivrots de jour et de nuit (souvent les mêmes). Les Levalloisiens adorent. Qu’importe le coût, qu’importe l’homme, pourvu que tout baigne ! Les habitants de la ville sont trop sensibles à ces délicates petites attentions. Rien n’est trop beau pour un vote. Les générations futures paieront… Et vogue la galère.

La ville la plus endettée de France !

C’est donc cela le nouveau Levallois de Patrick Balkany : une ville qui rase tous les bâtiments de moins de trois étages, une opposition réduite au silence, des commissions municipales opaques et ultra verrouillées, un endettement galopant qui plane comme une épée de Damoclès sur la ville et ses habitants, des projets pharaoniques et totalement démesurés mais une communication très bien ficelée qui ferait passer la Pravda pour journal d’opposition. Ce visage risque d’ailleurs de se pérenniser dans les années à venir maintenant que son pote Sarko est au pouvoir. Pauvres Levalloisiens serait-on tenté de dire. Le pire c’est que, lorsque tout s’écroulera sous le poids des finances, tous diront qu’ils ne savaient pas.

Amaury Boucheteil

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