BALKANY : "une réputation épouvantable"

Publié le par balkaland

Deux gyrophares dans la voiture. Un à l’avant, un à l’arrière. Un gros cigare dès le matin pour lui, 59 ans, une voix de stentor, des militants UMP toujours dans son sillage. Pour elle, 60 ans, tout un style résumé dans son vocabulaire. Une intelligence politique indéniable, un humour de Madame Sans-Gêne et cette manière de raconter sans façon, au retour du dîner d’Etat offert par l’Elysée, le 10 mars, en l’honneur de Shimon Pérès : “Carla était sublime, et quand même, ce cérémonial, ces nappes, cette vaisselle, ça a du genou !”

Evidemment, une réputation épouvantable. Le nom des Balkany s’inscrit en bonne place depuis dix ans dans les annales judiciaires. Plusieurs condamnations, deux ans d’inéligibilité pour lui, des peines d’emprisonnement avec sursis pour tous deux pour avoir notamment employé du personnel municipal dans leurs domiciles privés. On compte aussi un scandale ridicule lorsqu’une maîtresse porta plainte, en 1997, après que Patrick Balkany l’eut obligée à lui administrer une fellation sous la menace d’un 357 Magnum.

Le couple est cependant solide. Depuis leur rencontre, le 13 décembre 1975, lors d’un match de boxe qui opposait le légendaire Carlos Monzon à Gratien Tonna, il a survécu à tout. Aux disputes, aux séparations, aux avalanches de moqueries dans la presse et à ses deux marionnettes grotesques, tous les soirs, aux “Guignols de l’info”.

Beaucoup de copains dans le show-biz. Des dîners chaleureux presque tous les week-ends, dans leur superbe maison de Giverny. Des chansons, des parties de rire, toujours une petite attention lors des anniversaires. Au retour des vacances, passées à Saint-Martin, dans les Antilles, Isabelle Balkany revient chaque fois les bras chargés de pulls Ralph Lauren qu’elle distribue à chacun : “C’est 50 % moins cher là-bas, dit-elle franchement. Moi, je m’habille chez Monoprix.”

Un ami de trente ans, Nicolas Sarkozy, fidèle malgré les critiques, qu’il balaie souvent d’une phrase : “Ils sont comme ils sont. Pas raffinés, mais courageux.” Chez eux, et dans leurs bureaux respectifs, trônent 20 photos du couple et de “Nicolas”, à 25, 40 ou 50 ans, dans tous les lieux, bronzés, en maillot de bain, hilares. On trouve aussi des clichés de leur parrain en politique, Charles Pasqua, avec lequel ils vont régulièrement boire un whisky et dont ils préservent l’influence dans les Hauts-de-Seine.

A Levallois, dont ils ont transformé en vingt-cinq ans l’urbanisme et la sociologie, leur popularité est quasi intacte : 51,5 % encore, au premier tour des municipales. Il est le maire. Elle est son premier adjoint. “On ne fait pas campagne, on se balade”, disait Patrick Balkany quelques jours avant l’élection. Au conseil général des Hauts-de-Seine, ils sont plus controversés.

Le président UMP du département, Patrick Devedjian, aurait rêvé de se débarrasser d’Isabelle, qui tient la vice-présidence chargée des collèges. “Les Balkany polluent l’image du 92″, juge Devedjian. “Il a fait une fixette sur moi”, rétorque Isabelle, qui affirme que, lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy l’avait encouragée à se présenter à la présidence du conseil général. Depuis, c’est la guerre.

Le 16 mars, Nicolas Sarkozy et son secrétaire général Claude Guéant ont dû recevoir Isabelle Balkany et Alain-Bernard Boulanger, le maire de Villeneuve-la-Garenne, qu’elle voulait propulser à la tête du conseil général, pour leur demander d’arrêter les hostilités. Le 20, le conflit menaçant de tourner au vaudeville public, l’Elysée a dû une nouvelle fois intervenir. Officiellement, les voilà donc réconciliés. Mais Patrick Balkany n’en démord pas : “Le 92 est le département de Nicolas. Il ne peut pas s’en désintéresser. Et nous sommes comme sa famille…”

D’autres, avant Devedjian, s’y sont cassé les dents. La gauche n’a jamais vraiment réussi à inquiéter les Balkany. La droite ne parvient pas à s’en passer. Lors de son premier meeting à Neuilly, le novice David Martinon, parachuté aux municipales, avait osé s’insurger : “Je ne vais tout de même pas inviter ces deux escrocs !” Le mot leur fut rapporté. Et Martinon, en une phrase, se tira sa première balle dans le pied. Un simple coup d’oeil aux annonces immobilières du coin aurait dû le renseigner : “Levallois-Neuilly.” Les deux villes y sont toujours accolées. On ne prend pas la ville en se mettant à dos ses puissants voisins.

Jean Sarkozy, le fils du président, a fait preuve de plus de subtilité. Dès l’annonce de sa candidature aux cantonales, il est allé visiter les services de la mairie de Levallois. Isabelle s’est improvisée aussitôt directrice de sa campagne et s’est mise derrière son ordinateur. A ses débuts, elle a été chargée des relations publiques d’Europe 1. Depuis, elle connaît la terre entière, et n’a pas son pareil pour rédiger tracts et plaquettes électorales. Lorsque le jeune homme a été élu, les Balkany l’ont aussitôt cornaqué pour lui faire visiter ses nouveaux bureaux.

Ces liens avec la famille Sarkozy intriguent et agacent tout l’UMP. “Ils font commerce de leur amitié avec le président”, s’insurge-t-on jusqu’à l’Elysée. Déjà, lorsqu’il était encore chiraquien, au début des années 1990, Patrick Balkany se vantait d’avoir amadoué la secrétaire de Jacques Chirac et de pouvoir ainsi se retrouver “comme par hasard” dans les mêmes hôtels du bout du monde avec l’homme fort du RPR d’alors. Aujourd’hui, on le remarque à chaque voyage officiel, debout derrière “Nicolas” sur la photo.

Isabelle elle-même en rit, parfois. Elle était jusqu’à il y a peu l’une des grandes amies de Cécilia Sarkozy : “Elle est ma presque soeur”, disait-elle. Elles ont rompu au lendemain du divorce et de la publication du livre d’Anna Bitton (Cécilia, Flammarion, 174 p., 16 euros) qui rapportait les propos sévères de Cécilia Sarkozy sur son ex-mari. Lorsque le président est tombé amoureux de Carla Bruni, Isabelle Balkany a dit drôlement à ses amis : “Il va falloir que je fasse ma reconversion.” Cela est moins aisé. Cécilia Sarkozy laissait volontiers sa “presque soeur” raconter dans les médias sa vie privée. Quand Isabelle Balkany a enchaîné les émissions télévisées pour évoquer la nouvelle première dame, l’Elysée s’est chargé, dit un conseiller, “de la débrancher. Elle n’est pas tout à fait du style de Carla Bruni..

Source : Le Monde

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