9-2, les coulisses du département bling-bling

Publié le par balkaland

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Les Hauts-de-Seine (le « 9-2 »), c’est le fief de Sarkozy et le royaume de ses fidèles. Dans un livre, « 9-2, le clan du président » (Fayard, sortie le 6 février), dont Bakchich publie des extraits exclusifs, les journalistes Hélène Constanty et Pierre-Yves Lautrou nous plongent dans les dessous de ce département « bling-bling », où se mêlent l’argent, le clientélisme, les scandales et les guérillas politiques en tous genres. Cela vaut le détour !

Mitterrand avait la Nièvre, Chirac la Corrèze. Nicolas Sarkozy, lui aussi, a son territoire : les Hauts-de-Seine. Sans son ancrage dans ce département francilien, le plus riche de France, l’actuel Président de la République n’aurait jamais été propulsé sur la scène politique.

C’est sa matrice, son tremplin, son laboratoire. C’est là qu’il a fourbi ses premières armes, lancé le premier assaut sur une mairie à 28 ans, été élu député à 34 ans, sculpté son image d’homme d’action lors de la prise d’otages de la maternelle de Neuilly. C’est là où siègent ses amis patrons du CAC 40, où règnent ses fidèles les plus proches, du couple Balkany à Levallois-Perret à Patrick Devedjian, qui lui a succédé en juin dernier à la présidence du conseil général.

Le 9-2, c’est le royaume de son clan, mélange de fric, de clientélisme, d’affaires judiciaires et de querelles intestines. Il fallait un peu d’inconscience à deux journalistes, Hélène Constanty et Pierre-Yves Lautrou, pour enquêter dans les coulisses de ce département, réputé terrain miné. Dans leur livre, « 9-2, le clan du président » (Fayard, sortie le 6 février), ils racontent une histoire politique chaotique, dressent des portraits au scalpel des hommes du président et dévoilent de nombreux épisodes méconnus du sarkozisme local, d’Antony à Villeneuve-la-Garenne, d’Issy-les-Moulineaux à Asnières-sur-Seine. C’est cocasse, instructif, parfois accablant. Morceaux choisis. Aujourd’hui, un petit tour par le conseil général…

 

Un département riche ? Il ne faut plus le dire

Le conseil général des Hauts-de-Seine, fief des sarkozistes, fait partie de l’héritage du système Pasqua. L’ancien ministre de l’intérieur, patron de la fédération départementale du RPR de 1973 à 1999, a été le véritable parrain politique du département depuis le milieu des années 70, aux côtés de son compère corse Paul Graziani. Elu président de l’assemblée départementale en 1988, Pasqua y a imprimé sa marque, jusqu’à la reprise de son fauteuil par Nicolas Sarkozy en 2004, puis Patrick Devedjian en juin 2007. La gestion Pasqua, ce fut un style. Assez onéreux. Mais qu’importe, puisque le département est bling-bling.

« Le 9-2 est plein aux as. Depuis plus de vingt ans, il fait même figure de « département-le-plus-riche-de-France ». C’est Paul Graziani, son président dans les années 1980, qui osa, le premier, comparer son PIB avec celui de la Grèce. Une réputation qui agace beaucoup son nouveau président.

Le jour de son élection, le 1er juin 2007, Patrick Devedjian a ajouté une précision dans son discours inaugural : « le département le plus riche de France… après Paris ». Plus question de rabâcher ce cliché avec lui ! « Dans un pays où la richesse est mal vue, c’est une erreur de communiquer sur ce sujet, analyse-t-il. D’abord cela provoque l’envie, ensuite cela entraîne le laxisme dans la gestion et des réclamations incessantes, et enfin, cela laisse entendre qu’il peut y avoir de la gabegie. Tout ça n’est pas très bon ! »

Aujourd’hui, les services du département assurent être incapables de calculer le PIB du 92. « Cela ne veut rien dire » affirme Jean-Claude Caron, vice-président du conseil général en charge du budget et des finances. L’Insee, lui, y parvient et chiffrait officiellement, en 2000, le PIB des Hauts-de-seine à 90 milliards d’euros, soit autant que celui du Maroc !

Les chiffres, pour peu que l’on s’y plonge, sont pourtant éloquents. Le budget 2007 du conseil général , avec 1,6 milliard d’euros, est l’un des plus élevés de tous les départements français après celui de Paris (6,8 milliards d’euros)(…)

La principale recette du département reste la taxe professionnelle, versée par les sociétés. On comprend mieux pourquoi les hiérarques du conseil général, de Sarkozy à Devedjian, se montrent si empressé de relancer le quartier d’affaires de la Défense : les entreprises versent plus de 260 millions d’euros par an. Bref, l’argent coule à flots (…)

Logements, voitures, télés, primes et cadeaux

Forcément, pareille valse des millions a pu faire tourner la tête des élus. La gestion de Charles Pasqua, en particulier, a beaucoup intéressé la chambre régionale des comptes. Dans son rapport de 2001, celle-ci a longuement souligné les coupables relâchements intervenus entre 1993 et 1999 : explosion de la dette (+ 441% !), distribution trop généreuse de voitures et de logements de fonction (130 heureux bénéficiaires), attribution de primes et de compléments de rémunération mal justifiés, etc.

Pointilleux, les magistrats ont même gratté jusqu’aux abonnements à Canal + et à la télévision câblée : « Un important complément de rémunération, que le département a attribué en dehors e la réglementation et de la jurisprudence » ont-ils sèchement conclu. Elus et fonctionnaires du conseil général le reconnaissent sans peine : le règne de « Monsieur Charles » fut une belle époque (…)

« Monsieur Charles » ne mégotait pas non plus lorsqu’il s’agissait de recevoir. Pour son ultime cérémonie de vœux, en janvier 2004, il a fait voter un budget de 320 000 euros. Un seul élu, le Vert Vincent Gazeilles, a voté contre : « D’accord pour faire la fête, mais restons raisonnables ! »

L’exploration des délibérations de l’assemblée départementale révèle d’autres dépenses croquignolesques… Ainsi le conseil général a-t-il financé, en 1991, l’achat de 28 voitures de collection dans le cadre du misée de l’Automobile situé à la Défense. Dix ans plus tard, ledit musée a fermé et le département a payé pendant trois années plus de 30 000 euros par an pour le gardiennage des autos… En 2004, à peine élu président du 9-2, Sarkozy s’est empressé de vendre ces belles mécaniques. Rupture, quand tu nous tiens !

Couv' 9-2

Mais ce pape de transition n’a pas supprimé toutes les gâteries, comme les petits cadeaux de fin d’année aux élus. « Une tradition » dit-on aujourd’hui. Une tradition généreuse : une machine à expresso en 2001, un appareil photo numérique en 2002, une paire de téléphones sans fil en 2003, un stylo Montblanc gravé à leurs initiales en 2004… Les conseillers généraux ont droit à un vrai Noël de la part de leurs contribuables !

Après la parution d’un article dénonciateur dans Capital, le sapin de 2005 fut vide de tout paquet. Mais les bonnes vieilles habitudes ont repris dès 2006 avec, cette fois, des boutons de manchette Lanvin. Vincent Gazeilles, l’élu Vert incorruptible, toujours aussi solitaire, a donné tous ses cadeaux à des associations. Il faut dire que cet ingénieur informatique est un pur, qui ne se déplace qu’en vélo, même sous la pluie battante. Pas du genre à signer les pétitions anti-OGM avec un stylo Montblanc. »

©Fayard, 2008

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