LA JUSTICE CONDAMNE LE BETONNAGE A OUTRANCE VOULU PAR P BALKANY

Publié le par balkaland

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LE BALKANYSME IMMOBILIER A DU PLOMB DANS L'AILE

La justice a décidé de freiner le bétonnage à outrance engagé par Patrick Balkany, maire UMP de Levallois-Perret. Pendant ce temps, la ville s'endette, le mètre carré flambe et les contribuables trinquent. Enquête.



 

Bienvenue dans le «petit Hongkong des Hauts-de-Seine»! L'expression est d'un promoteur immobilier qui préfère évidemment garder l'anonymat, business oblige...

Levallois-Perret, commune de 55 000 habitants, est installée sur un minuscule territoire de 2,4 km2, idéalement situé à l'ouest de Paris, dans le prolongement du très chic XVIIe arrondissement. Ici, chaque mètre carré, qu'il soit de logement, de bureau ou de commerce, vaut de l'or. D'autant que le maire, L'UMP Patrick Balkany, est animé d'une frénésie quasi pharaonique de bâtir, bâtir, et bâtir encore. Ses projets sont aussi grandioses que coûteux: la réfection d'un centre commercial de 85 000 m2 avec implantation d'un hypermarché situé sous un parc pour un montant de 386 millions d'euros; la construction de deux tours jumelles de 150 mètres de haut, accompagnée d'immeubles de logements pour un total de 700 millions d'euros... On en passe et des meilleurs...

Pourtant, le tribunal administratif de Paris a décidé de freiner les ardeurs immobilières de la ville. Le 31 mai dernier, il a annulé coup sur coup les délibérations du conseil municipal concernant ces grandes opérations d'aménagement. Et voilà tout à coup Levallois-Perret obligé de revoir sa copie, alors que 200 millions d'euros d'emprunts ont déjà été mobilisés pour ces grands chantiers. Ainsi, pour la seule opération du centre commercial Eiffel, la ville adéjàdéboursé 170 millions d'euros pour racheter des locaux commerciaux qu'elle ne peut encore revendre aux futurs propriétaires du centre commercial rénové. Question: qui sont donc les empêcheurs de construire en rond?

Guerre ouverte
Aux portes de la ville, c'est le propriétaire de deux hypermarchés Leclerc qui mène la fronde. Présent depuis vingt-cinq ans dans la ville, il n'a pas apprécié les méthodes employées pour le projet de nouveau centre commercial. Et pour cause:lamairie lui a proposé de l'exproprier de ses murs pour 23 millions d'euros et de revenir dans le nouvel ensemble comme simple locataire avec un droit d'entrée de... 50 millions d'euros. Non sans avoir, en plus, réglé 20 millions d'euros de travaux pour aménager son nouveau magasin. Alain Thibault, qui fut pourtant un proche de Patrick Balkany durant des années, a alors déterré la hache de guerre. Il a engagé une «task force» de six avocats qui a remporté cette première manche devant les tribunaux.

A Levallois, comme dans d'autres communes, les opérations immobilières sont menées par une société d'économie mixte dont le capital est contrôlé par la mairie. Ici, elle s'appelle la Semarelp et son patron, Jean-Marc Smadja, n'est autre que le cousin d'lsabelle Balkany, l'épouse du maire, elle-même première adjointe. Le numéro un de la Semarelp ne semble pas s'émouvoir outre mesure de la décision du tribunal administratif. «Cela ne devrait pas entraîner plus de huit mois de retard, expliquet-il. Quant à Alain Thibault, on pourrait éventuellement réaménager le quartier sans lui, mais la décision appartient au maire.» Difficile de savoir ce qu'en pense Patrick Balkany: malgré nos demandes écrites et orales répétées, il n'a pas souhaité répondre aux questions de Marianne. Or, il se pourrait bien que, non content d'avoir obtenu l'annulation de la zone d'aménagement concertée (ZAC) qui englobe ses magasins, AlainThibault ait encore envie de guerroyer contre les futurs permis de construire qui seront déposés.

Quoi qu'il en soit, cette opération de remodelage d'un quartier un peu vieillot de Levallois a fait un autre mécontent de taille: le géant néerlandais des centres commerciaux Rodamco. Un temps sollicité par la mairie pour réaménager le quartier, il a été subitement débarqué, officiellement parce qu'ilnerespectaitpas les délais. Ulcérée par ces méthodes, la direction française de Rodamco a décidé de poursuivre la ville devant le tribunal de commerce de Paris; elle lui réclame la bagatelle de 80 millions d'euros de dommages et intérêts. Une somme qui, si elle devait être payée par le budget communal, ferait sérieusement grimper les impôts locaux. Soupçonnant la ville de l'avoir évincé au profit d'un de ses concurrents, Rodamco a même envoyé par surprise, un matin d'avril 2005, un expert informatique accompagné d'un huissier pour visiter et copier les ordinateurs de la Semarelp afin de détecter si des contacts avaient eu lieu avec la société Unibail qui a succédé à Rodamco. Mais, là encore, Jean-Marc Smadja se veut serein: «Légalement, j'aurais pu éconduire l'huissier. En plus, c'est celui qui travaille pour la Semarelp. De toute façon, ils n'ont rien trouvé.»

Reste que les ennuis immobiliers du clan Balkany se sont poursuivis avec l'annulation de l'autre grande opération baptisée pompeusement «ZAC front de Seine». Ce petit Manhattan levalloisien prévoit la construction de deux tours jumelles et de plusieurs immeubles de logements pour un total de 150 000 m2 habitables. Cette fois, c'est l'ancien maire adjoint à l'urbanisme (1995-2001), Arnaud Cariot, qui est à l'origine du recours. Lequel devrait occasionner, selon le patron de la Semarelp lui-même, un retard de douze à dix-huit mois. Sale coup pour la mairie, d'autant qu'au même moment, sur la très chic île de la Jatte, un autre projet d'immeuble de luxe est lui aussi attaqué en justice.

Patrick Balkany, revenu à la mairie en 2001 après avoir été battu aux municipales de 1995 et condamné en janvier 1997 à quinze mois de prison avec sursis pour prise illégale d'intérêt, aurait-il la folie des grandeurs? Déjà, lors de son précédent mandat, la chambre régionale des comptes avait méchamment épingle ses velléités immobilières. Les magistrats chargés de contrôler les comptes des collectivités locales s'étaient alors étonnés qu'une société d'économie mixte de la ville se mette subitement à construire des logements dans le secteur privé comme un vulgaire promoteur immobilier. «L'existence et l'activité du groupe Semarelpfont courir des risques inhabituels à la collectivité locale», écrivait, en 1995, la chambre régionale des comptes.

«Quand je suis arrivé [à la mairie] en 1995, la Semarelp accusait un déficit de 1,2 milliard de francs, rappelle Olivier de Chazeaux. J'ai été obligé défaire des restructurations et de vendre des immeubles pour réaliser des économies.» Pas décidé à lâcher l'affaire, cet avocat spécialiste du droit immobilier annonce d'ailleurs: «Nous allons réattaquer en justice la TAC front de Seine, car nous sommes compétents pour le faire.» Nouvelle guerre juridique en perspective IAssurément. Car ce sont, en réalité, deux conceptions radicalement différentes du développement de la ville qui s'affrontent. «A chaque fois qu'il y a un mètre carré à bétonner, la commune se comporte comme un promoteur immobilier et règle le problèmeen densifiant l'espace. Maintenant, l'équipe Balkanyse met même à construire en hauteur, avec leurprojetde tours», juge un promoteur local, qui ne voit pas d'équivalent en Ile-de-Françe. «Le problème avec Patrick Baïkany, c'est qu'il ne supporte pas de voir un immeuble de deux étages s'il peut en construire un sur neuf étages. Aujourd'hui, on étouffe parce que les immeubles montent en hauteur. Le plan d'occupation des sols a été modifié de telle manière que l'on peut plus facilement construire sur neuf étages alors qu'on était limité à six», analyse Olivier de Précigout, avocat d'affaires, ex-adjoint aux finances, aujourd'hui conseiller municipal d'opposition. Il s'inquiète aussi des conséquences économiques de ce gigantisme immobilier. «Au ler janvier 2001, la dette de la ville se montait à 155 millions d'euros; au 1er janvier 2007, elle atteindra 273,9 millions, soit une augmentation de 76,7%, à laquelle il faut ajouter 200 millions de billets de trésorerie émis par la ville pour financer les deux ZAC.» Les contribuables locaux apprécieront.
 

Samedi 09 Septembre 2006 - 00:00
Alain Franck
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