Balkany le ripou chéri de Levallois

Publié le par balkaland

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Balkany le ripou chéri de Levallois

Il traîne des casseroles qui auraient plombé plus d'une carrière politique. Pourtant, les Levalloisiens s'apprêtent à réélire Patrick Balkany sans états d'âme. Preuve que le culot et le clientélisme, ça paye encore, et plutôt bien !



 

En volant au secours de l'infidèle au commissariat, Isabelle Balkany avait prévenu, dès 1995: son époux, Patrick, n'a pas besoin de braquer un 357 magnum contre la tempe de sa proie pour qu'elle se donne à lui, comme s'en était plainte, devant la police, une maîtresse du sulfureux bonhomme. Les Levalloisiens sont encore moins rétifs, qui aiment être pris à la hussarde, pourvu qu'on les flatte. Après douze ans de mairie (de 1983 à 1995) et six ans d'exil tropical, il a suffi à Patrick Balkany de recommencer à promener son 1,90 m dans les rues, de décocher des sourires, de donner à chacun, de sa voix chaude de baryton, du «je m'occupe de vous» pour que les électeurs le blanchissent.


En mars 2001, il retrouve son fauteuil de maire; en juin 2002, son siège de député. Et si, le 29 juillet, pour avoir exhumé une de ses casseroles, le Conseil d'Etat invalide les élections municipales, la population, rappelée devant les urnes les 22 et 29 septembre, joue par avance les amnésiques. «Balkany est un menteur, un tricheur et un manipulateur. Il a abusé les électeurs qui, n'ayant plus le temps désinformer, vont au saltimbanque», fulmine Olivier de Chazeaux, le prédécesseur et ennemi juré de Balkany. Peine perdue.


C'est comme si la condamnation, en 1996, du «ripou chéri de Levallois» à quinze mois de prison avec sursis et deux ans d'inéligibilité pour avoir fait travailler dans ses résidences privées trois employés municipaux n'avait rien changé. Pas davantage que sa mise en examen dans l'affaire des HLM des Hauts-de-Seine. Oubliée aussi l'ardoise laissée à la municipalité, entre 600 000 et 900 000 ?.


Tout donne à croire que les Levalloisiens sont mithridatisés. A l'instar de Mellick à Béthune, l'insubmersible Balkany a réussi à se faire passer pour une victime. «Balkany, quand tu le vois dans la rue, t'as l'impression de le connaître. Que c'est ton beau-frère», assure Cyril, qui appartient à la peuplade «balkanisante» des Levalloisiens - 55 000 âmes, dont 33 000 électeurs.


Levallois est une ville de province à un pont de Paris qui aime ce qui brille. Une casserole, fût-elle le support d'une cuisine frauduleuse, c'est clinquant. A en abuser, Patrick Balkany, 54 ans, s'est un peu empâté. «Les affaires ? Nul ne m'en parle», crâne-t-il. «Il n'a tué personne», s'emporte Yvette, 70 ans, qui tracte devant le marché Henri-Barbusse, revêtue d'un tee-shirt «je vote Patrick Balkany»: «Depuis dix-huit mois qu'il est revenu, c'est la vie de château.» En bons châtelains clientélistes, les Balkany savent s'attirer la clémence de leurs sujets.


A commencer par les «anciens». Paillette, 73 ans, les yeux cachés derrière un petit chapeau crème, susurre: «On dit qu'il doit plus de 3 millions de francs à la ville, lui dit le contraire. Mais il nous choie, nous, les vieux.» Balkany a rétabli le double cadeau annuel, pour Noël et le 14 Juillet. L'ancien maire avait aboli le second et commis l'impair d'offrir du café périmé. «Heureusement que Patrick est revenu, se réjouit Paulette, avec des accents de fan de Bruel. Quand il me voit dans la rue, il m'embrasse. Il est si beau ! Et puis la sécurité est restaurée.» Voire. Depuis un an, le taux de délinquance a grimpé de 24%. Qu'importe, les patrouilles de police sont plus visibles, leurs motos BMW plus bruyantes.


«C'est lui qui a créé Levallois», rappelle Marie-Astrid, la trentaine BCBG. En 1983, Balkany récupère une zone industrielle à l'abandon, gérée par un communiste «social triste». Il se lance alors dans les pharaoniques projets immobiliers du front de Seine. Marie-Astrid vit dans un de ces immeubles huppés, encerclés de sièges sociaux: «Avec lui au moins, on a une identité.» «Il s'occupe de ses administrés. Même des pauvres», entonne Houria, qui vient d'être relogée, avec ses trois enfants, dans un superbe HLM. «Il nous a donné une mosquée et une salle pour les cours d'arabe», expose Karim, 21 ans. Le lieu de culte est planqué dans le sous-sol aux odeurs d'urine d'un centre commercial décrépi. «C'est mieux que rien», lâche le jeune homme. Les parents aussi sont des électeurs à bichonner. «Mes deux enfants se régalent à la cantine», raconte Vannina, 37 ans. Les menus sont élaborés par une commission municipale de «supermamies». En Bal-kanie, les voyages scolaires ne se font pas dans la Creuse. «En CM2, mon fils va partir un mois au Canada», poursuit cette chef comptable qui est reconnaissante à «Patrick» de l'avoir aidée à pousser son Caddie, un soir de grande fatigue.


«Ce mec a la classe. C'est une star», s'enflamme Cyril, 27 ans, boxeur professionnel, qui n'a pas oublié les championnats du monde de boxe organisés par l'édile dans le palais des sports municipal.


«Il a remis en place les moto-crottes, se réjouit de son côté Jean-Paul, 67 ans, talonné par sa moitié à quatre pattes. Je n'ai plus besoin de ramasser. Sans quoi mon dos...» «Désormais, la ville est propre, confirme Yolande, qui tient un magasin de lingerie près de la mairie. Les petits dessous-de-table, c'est presque normal avec ce qu'il fait pour la ville.» Balkany a sommé la police municipale de mettre la pédale douce sur les contredanses dans le centre-ville. De quoi inciter les gens à prendre le temps du lèche-vitrines.


«Je sais parler aux Levalloisiens», s'enorgueillit Balkany. Il sait surtout singer les accents paternalistes devant une cour d'assistés: «Je vous adore. Naissez, vivez, on s'occupe du reste.» Dans sa jeunesse, il voulait être comédien. «Je suis un acteur sincère, précise-t-il, mais je ne joue que mon propre texte.» Pour le père Louis Valentin, «Balkany a beau être plein de haine, c'est un ténor qui séduit foules et femmes».


Chevalier contre populiste

«Sur les trois têtes de liste, c'est le seul qu'on connaisse», note Houria. L'unique challenger sérieux, Olivier de Chazeaux, qui a ravi la mairie à Balkany en 1995 et la députation en 1997, n'a pas souhaité retourner dans l'arène, de peur d'y être mis à mort. Echaudé par les deux raclées électorales qui ont entériné, dès 2001, le retour de Balkany, il a vu combien il en coûtait déjouer le chevalier blanc contre un populiste.


Ce sont deux de ses anciens adjoints - entrés en dissidence - qui reprennent le flambeau de la «croisade» pour s'ériger en front commun de la droite anti-Balkany. Le tandem s'est constitué fin août. Olivier de Précigout, dont le domicile a été tagué d'un raffiné «zob», se réclame de l'UMP, sans en avoir reçu l'investiture. «Nicolas Sarkozy tient à ménager Balkany», hasarde-t-il. Arnaud de Courson, dûment étiqueté UDF, a monté, en 2001, une liste dissidente qui a recueilli 12% des voix au premier tour. Deux têtes de liste que tout sépare, excepté leur particule, leur look policé et une devise: «Transparence, droiture et honnêteté.» «Sur le terrain de la com, Balkany est meilleur que nous», confesse Précigout, relayé par Courson: «C'est comme une compétition où vous essayez de battre le champion du monde. Il se peut qu'il trébuche. Sinon...» «Aller au casse-pipe, c'est mieux que de déserter», martèle pour sa part Elisabeth Gourevitch, première secrétaire fédérale du PS. L'investiture de cette apparatchik a été arrêtée Rue de Solferino le 3 septembre, alors que la section locale avait désigné le conseiller général Thierry David. Le clan Balkany aurait enduit ses panneaux électoraux de cire d'abeille pour empêcher la colle de prendre. Il y a bien Noël Mamère et Arnaud Montebourg qui sont venus la soutenir sur le terrain. Le député PS de Saône-et-Loire, arc-bouté sur la morale républicaine, voudrait que «les contribuables de Levallois comprennent que cet homme les vole».


«Je gère ma ville comme une grande entreprise. Les Levalloisiens doivent être traités comme des VIP», rétorque l'intéressé, qui dit leur offrir «plus que pour leur argent». Voilà un arnaqueur qui a le sens de l'humour ! C'est sans doute pour ça qu'il n'a pas besoin d'arme...
 

Lundi 23 Septembre 2002 - 00:00
Anna Bitton

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